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L'autisme, au-delà des clichés

  • capquotidien
  • 17 avr.
  • 30 min de lecture

Dernière mise à jour : 7 mai

Tu connais ce moment où tout le monde rigole à une blague et toi, tu te demandes ce qu'il y a de drôle ? Où on te reproche d'être "trop" - trop intense, trop sensible, trop direct, trop dans ton monde ? Tu connais cette fatigue qui vient pas du sport ou du boulot, mais juste... d'exister dans un monde qui semble tourner sur une fréquence différente de la tienne ?


Peut-être que tu as appris à sourire quand il faut, à regarder dans les yeux même si ça te brûle, à dire "ça va" même quand les néons du bureau te donnent envie de hurler. Peut-être que tu peux réciter par cœur les 367 espèces de coléoptères d'Europe centrale, mais que commander un café au comptoir reste une épreuve. Ou alors c'est ton enfant, ton conjoint, ton ami qui semble vivre dans une réalité parallèle - fascinante, mais tellement différente.


Si quelque chose dans ces lignes résonne en toi, reste. On va parler d'autisme. Pas celui des clichés télévisés, pas celui des jugements à l'emporte-pièce. Le vrai. Celui qui concerne 1 à 2% de la population (1), qui se cache souvent derrière d'autres étiquettes, qui s'exprime de mille façons différentes. On va déconstruire, expliquer, et surtout - surtout - normaliser le fait d'avoir un cerveau qui fonctionne autrement.


Parce que spoiler alert : ton cerveau n'est pas cassé. Il tourne juste sur un autre système d'exploitation :-)


Comprendre l'autisme au-delà des clichés et des idées reçues

Si tu es comme moi et que tu aimes savoir d’où viennent les infos, je te conseilles d’aller voir les références en bas de page qui t'indiqueront d'où je tire mes infos. On est d'accord, les études scientifiques ne sont pas toujours un reflet complet de la réalité ; mais il faut bien commencer à quelque part! Et j'aime pouvoir sourcer ce que j'apprends.


Ce qu'on va voir ensemble

Alors voilà le programme.

D'abord, on va faire le ménage dans le vocabulaire : on va aborder quelques faits et plusieurs clichés. Pourquoi on dit plus "Asperger" ? C'est quoi le DSM-5 ? Et puis on va dégommer les idées reçues une par une. Non, autiste ne veut pas dire génie des maths. Non, c'est pas que les garçons.

Après, on plongera dans la tête d'une personne autiste. Comment le cerveau traite l'info différemment ? Pourquoi les néons c'est tellement dur, mais l'odeur du vieux livre c'est le paradis ? Comment on peut bosser 12 heures d'affilée sur un truc qui nous passionne mais pas réussir à téléphoner pour prendre un rendez-vous ?


Ensuite, les profils qu'on rate. Les femmes qui découvrent à 40 ans qu'elles sont pas "bizarres" mais autistes. Les combos neurologiques de dingue : autisme + TDAH, autisme + douance, ou même les trois en même temps (oui, ça existe et c'est le bazar).


Et pour finir, on retourne la question : et si c'était pas les autistes le problème, mais le monde autour ? Spoiler : Microsoft a compris un truc que beaucoup ratent encore. (1')


Partie 1 : Les faits et les mythes 


Le grand ménage du vocabulaire :


·         Bye bye Asperger !

Bon, première chose à savoir : on dit plus "syndrome d'Asperger". Fini. Terminé. Depuis 2013 et le DSM-5 (le gros manuel des psys), toutes les formes d’autisme sont regroupées sous TSA - Trouble du Spectre de l'Autisme.


Pourquoi ? Déjà, scientifiquement, on s’est rendu compte que certaines catégories n’avaient plus de sens. Une grosse étude de Lord et ses collègues en 2012 a montré que c'était impossible de faire la différence par exemple entre autisme, syndrome d’asperger et TED (les troubles envahissant du développement non spécifiés)(2). On pouvait se retrouver dans des situation où un coup c'était Asperger, un coup autisme de haut niveau, selon qui donnait le diagnostique.

Et puis historiquement... Aïe. Hans Asperger, la personne qui a donné son nom au syndrome travaillait avec les nazis. L'historienne Edith Sheffer a découvert en 2018 qu'il envoyait des enfants handicapés se faire tuer au Spiegelgrund. 789 enfants y sont morts. Pas le genre de travail qu'on veut honorer, n’est ce pas ?


·         Asperger vs autisme de haut niveau : le grand malentendu

Attention, piège ! Ces deux choses-là, c'était PAS pareil, même si beaucoup de personnes ont fait l’amalgame (y compris certains professionnels de la santé). Lorna Wing l'expliquait déjà en 1981 (3) : le syndrome d'Asperger concerne des personnes qui ont les mêmes galères sociales et centres d'intérêt intenses que tous les autistes, MAIS qui parlaient à l'heure (mots avant 2 ans, phrases avant 3 ans). Ces personnes-là n’ont pas de déficience intellectuelle. 


L’autisme de haut niveau par contre concerne les personnes qui ont eu un retard de langage (contrairement aux Asperger). On dit “haut niveau” pour qualifier le fait que ces personnes-là ont un QI dans la norme (au dessus de 70), et pas pour qualifier le niveau de gravité.


Le truc marrant ? Une étude de Howlin en 2003 (4) montre qu'à l'âge adulte, il y a zéro différence entre les deux ! Cette histoire de "qui a parlé à quel âge" servait pas à grand chose au final.


·         Le DSM-5 pour les nuls

Le DSM-5, c'est un peu la bible des psychiatres et psychologues. C'est un gros livre édité en 2013 pour la 1ère fois (dans sa 5eme version), qui liste tous les troubles mentaux et neurologiques avec leurs critères. Pour l'autisme, il définit deux grands domaines : les difficultés de communication sociale et les comportements répétitifs ou intérêts restreints. Mais attention, ça ne veut pas dire que toutes les personnes autistes sont pareilles ! 


Le DSM parle aussi de trois niveaux de support nécessaire : le niveau « j’ai besoin d’un peu d’aide », le niveau « j’ai besoin d’aide », le niveau « j’ai besoin de beaucoup d’aide » (au lieu de dire "léger" ou "sévère").


Pourquoi c'est mieux ? Parce qu'une même personne peut être niveau 1 pour bosser mais niveau 3 pour gérer les interactions sociales. C'est ce que Lai expliquait dans The Lancet en 2013 (6)


Les mythes qu'on balance à la poubelle..


Mythe n°1 : "Autiste = déficient intellectuel"

Alors là, grosse erreur ! 70% des personnes autistes ont une intelligence tout à fait dans la norme, voire au-dessus (méta-analyse de Zeidan en 2022 - 7). En fait, beaucoup ont même des capacités super développées pour analyser des systèmes, repérer des patterns (des schémas qui se répètent) ou traiter les informations visuelles. Le problème, c'est qu'historiquement, on ne diagnostiquait que les cas les plus visibles, ceux qui avaient besoin de beaucoup d'aide. Du coup, on a cru pendant longtemps que c'était ça, l'autisme. Mais non ! 


Mythe n°2 : "Tous des Rain Man"

Ah, le fameux syndrome du savant ! Tu sais, le coup du gars qui compte les allumettes tombées par terre en une seconde... Eh bien, ça concerne moins de 10% des personnes autistes. Les films et les séries adorent ça (Rain Man, The Good Doctor...), mais dans la vraie vie, la plupart des autistes sont des gens comme toi et moi, avec leurs points forts et leurs galères, sans super-pouvoir mathématique. (8)


Le syndrome du savant ce n’est pas l’autisme, même si on les confonds souvent. On peut avoir un syndrome du savant sans être autiste (8'), et l’inverse aussi. 


Mythe n°3 : "L'autisme, c'est un truc de mecs"

Pendant super longtemps, on pensait qu'il y avait 4 garçons autistes pour 1 fille. Mais en fait, c'est juste qu'on cherchait mal ! Les critères de diagnostic ont été créés en observant des garçons, donc forcément, on passait à côté des filles. Aujourd'hui, on pense que le vrai ratio est plutôt 3 pour 1, voire 2 pour 1. Les filles sont juste plus douées pour camoufler leurs différences. (9)


Voilà pour les faits et les mythes. Essayons maintenant de comprendre ce que c’est exactement que l’autisme.


Partie 2 : Dans la tête d'une personne autiste


Comment le cerveau autiste est-il câblé ?

Imagine que ton cerveau soit comme un ordinateur. Eh bien, l'autisme, c'est comme avoir un système d'exploitation différent. Pas défectueux, juste différent ! C’est Judy Singer, une sociologue, qui a inventé le terme "neurodiversité" en 1998 (10). L'idée c’est de dire qu’on a différents systèmes d’exploitations cérébraux : le système standard (la neurotypique), mais aussi les autres : TSA, TDAH, HPI, …


Les scientifiques qui étudient le cerveau ont découvert des trucs super intéressants : le cerveau autiste est physiquement câblé différemment. Les connexions entre les neurones ne se font pas de la même façon, et le cerveau traite les informations qu’il reçoit, de manière tout à fait différente que pour un cerveau “neurotypique”.


Voyons voir certaines de ces particularités :


L’attention tunnel : le monoitropisme


Imagine ton attention comme une lampe torche. La plupart des gens ont une lampe qui éclaire large mais pas très fort. Les personnes autistes ? Elles ont un laser super puissant qui éclaire un tout petit point. C'est ce qu'on appelle le monotropisme (théorie de Murray, 2005 : 11).


Ça explique plein de trucs :

·         Les intérêts super intenses (quand quelque chose nous passionne, on peut y passer des heures sans voir le temps passer) (12)

·         La galère avec le multitâche (difficile d'éclairer plusieurs trucs quand on a un laser !)

·         Le fait d'être super fort dans nos domaines de prédilection

·         Le besoin de temps pour passer d'une activité à une autre (il faut réorienter le laser)


Les arbres avant la forêt

Le cerveau autiste fonctionne en mode "bottom-up" - on part des détails pour aller vers l'ensemble (C'est la théorie de la "Faible Cohérence Centrale" (Happé & Frith, 2006) : 13). C'est l'inverse de la plupart des gens qui voient d'abord la forêt, puis les arbres. Un autiste voit chaque arbre, chaque feuille, puis se dit "ah tiens, ça fait une forêt !"


Les avantages : (Mottron, 2011 : 14)

·         On repère les petits détails que les autres ratent

·         On ne tombe pas dans le piège des généralisations hâtives

·         On a souvent des idées originales parce qu'on ne suit pas les chemins tout tracés

·         On résiste mieux aux biais cognitifs (ces erreurs de raisonnement que tout le monde fait)


Un câblage unique

Les études avec des scanners du cerveau montrent un truc fascinant : chez les autistes, il y a plus de connexions dans les zones proches du cerveau (hyperconnectivité locale ; (Belmonte, 2004 - 15).) mais moins de connexions longue distance. Autrement dit, les zones éloignées du cerveau échangent moins entre elles, et les deux hémisphères ne se coordonnent pas de la même façon que chez les personnes non autistes, ce qui peut rendre plus difficile le fait de gérer plusieurs informations en même temps ou de faire des liens globaux rapidement (Just, 2012 - 16).


Ça donne :

·         Un traitement super approfondi de l'information (on creuse vraiment les sujets)

·         Une spécialisation dans certains domaines

·         Une façon de penser en système dans nos centres d'intérêt

·         Des sensations plus intenses et détaillées


Et quand on regarde les chiffres, c’est encore plus parlant. On a observé jusqu’à 67 % de neurones en plus dans le cortex préfrontal, ce qui est énorme (17). Le cerveau autiste grandit aussi plus vite dans la petite enfance, avec un volume environ 5 à 10 % plus important entre 2 et 4 ans (18), et la substance blanche, celle qui sert aux connexions, est elle aussi organisée différemment (Casanova, 2006 ; Courchesne, 2011 -19).


Le quotidien : entre galère et super-pouvoirs


Les sens : 

Chez les personnes autistes, les sens, c’est souvent le gros sujet.


Entre 69 et 95 % d’entre elles ont des particularités sensorielles, au point que c’est maintenant reconnu officiellement dans le DSM-5 (Ben-Sasson, 2009) (20). En clair, soit le cerveau reçoit trop d’infos, soit pas assez, comme si le bouton du volume était mal réglé. Quand tu vas au restaurant, tu entends absolument tous les bruits de manière égale : ton voisin qui te raconte ça vie, le serveur qui prépare son dernier cocktail, et les gens qui font la plonge à la cuisine. Un joyeux bordel! La lumière artificielle, comme les néons par exemple, peuvent carrément t’agresser, et rapidement te donner la nausée.. sans parler des différentes textures : que ce soit une étiquette sur ton t shirt qui ressemble à de la torture, ou certains aliments qui te font direct vomir. Et là, on parle pas des odeurs. Souvent, les autistes sentent des choses que les autres ne remarquent même pas.


Mais parfois, c’est l’inverse, il n’y a pas assez de sensations. Certains peuvent chercher au contraire les pressions fortes (par exemple en utilisant des couvertures lestée, ou en faisant un câlin bien serré) (21). Ou encore en adoptant un mouvement répétitif (on appelle ça le stimming ; mais c’est un autre sujet qu’on ne va pas développer maintenant), comme par exemple se balancer, ou jouer avec un objet avec ses doigts.. (22) Certaines personnes ressentent aussi moins la douleur, ce qui peut poser problème sans qu’on s’en rende compte (Moore, 2015 - 23).


Et tout ça a un impact direct sur la vie quotidienne, parce que ces différences sensorielles sont fortement liées à l’anxiété et aux difficultés du quotidien (Robertson & Baron-Cohen, 2017 - 24).


La communication : on parle pas la même langue

Pendant longtemps, on a dit "les autistes ne savent pas communiquer". Mais des chercheurs malins (Milton en 2012, Crompton en 2020 - 25) ont fait une expérience géniale!


Ils ont fait trois groupes :

·         Un groupe 100% autiste

·         Un groupe 100% neurotypique (non-autiste)

·         Un groupe mixte moitié-moitié


Ils leur ont donné des tâches de communication à faire ensemble. Résultat ?

·         Le groupe neurotypique : ça marche super bien

·         Le groupe autiste : ça marche super bien aussi !

·         Le groupe mixte : c'est la cata..


Conclusion : les autistes communiquent très bien... entre eux ! C'est juste que leur façon de communiquer est différente. C'est comme si les uns parlaient français et les autres chinois - c'est pas que le chinois est moins bien, c'est juste différent !


Les routines : vital mais pénible

Les routines chez les autistes, ce n’est pas un petit manie bizarre, c’est vital. En gros, neuf autistes sur dix ont besoin de routines pour aller bien  (Leekam, 2011 - 26). Pourquoi?  Parce que la routine, ça rend la vie prévisible, et quand tu sais ce qui va se passer, ton cerveau peut enfin se détendre. Moins de surprises, c’est moins de stress.  Ton cerveau adore quand il sait à quoi s’attendre : c’est comme marcher sur un chemin balisé plutôt que dans le noir.


La routine, ça fait aussi économiser de l’énergie : chaque décision fatigue le cerveau. Alors si tu n’as pas à décider cent fois par jour quoi faire, comment faire, quand le faire, il te reste de l’énergie pour le reste ((Rodgers, 2012) (27)


Et puis il y a les sensations : quand tu connais les lieux, les bruits, les odeurs, ton cerveau n’est pas en alerte permanente. Il peut se calmer. Au fond, la routine, c’est une prise de contrôle dans un monde souvent vécu comme chaotique ; elle devient ton point d’ancrage.  Alors les routines, ce n’est pas être rigide : c’est juste une façon intelligente de survivre.


On a vu les clichés et les idées reçues, on a compris comment ça fonctionne dans le cerveau d'un autiste.. Maintenant, parlons un peu des profils particuliers :


Partie 3 : Les invisibles de l'autisme


Les femmes : 30 ans pour comprendre


Le masking : l'Oscar de la comédienne

Les femmes autistes ont souvent développé une technique de survie sociale qu'on appelle le "masking" (comme porter un masque). En gros, elles observent comment les autres se comportent et elles copient. Ça peut donner l'impression qu'elles gèrent super bien socialement, mais en vrai, c'est comme jouer un rôle de théâtre 24h/24. Imagine devoir réfléchir consciemment à chaque sourire, chaque réponse, chaque geste... C'est épuisant ! Les études montrent que plus une femme "masque", plus elle risque l'anxiété, la dépression et le fameux burn-out autistique. (28)


Des passions qui passent crème

Quand un garçon connaît par cœur tous les trains du monde, on pense "autisme". Mais quand une fille lit 300 livres par an, connaît tout sur les chevaux ou peut parler de psychologie pendant des heures ? On dit juste qu'elle est passionnée. Le truc, c'est que ces intérêts intenses chez les femmes autistes ont exactement la même fonction : ça les calme, ça les aide à gérer le stress, et elles peuvent s'y plonger complètement en oubliant le monde autour. Mais comme c'est socialement plus accepté, personne ne tilte. (29)


L'errance médicale

Beaucoup de femmes découvrent qu'elles sont autistes à 30, 40 ou même 50 ans ! Avant ça, elles ont souvent collectionné les mauvais diagnostics : trouble de la personnalité borderline, bipolarité, anxiété généralisée... Les études montrent qu'en moyenne, une femme passe par 3 à 5 diagnostics erronés avant qu'on comprenne enfin qu'elle est autiste (30). C'est dur pour l'estime de soi de passer sa vie à se demander "mais qu'est-ce qui cloche chez moi ?" alors qu'en fait, rien ne cloche - on est juste câblé différemment !


Les combos neurologiques de dingue


TSA + TDAH : Le cerveau en mode contradiction permanente

Avant, les médecins pensaient qu'on ne pouvait pas être autiste ET avoir un TDAH. Spoiler alert : ils avaient tort ! Entre 30 et 50% des autistes ont aussi un TDAH. Et là, c'est le festival des paradoxes dans le cerveau (31) :


·         Côté TSA : "J'ai besoin de ma routine !"

Côté TDAH : "je saute constamment du coq à l’âne !"

·         Côté TSA : "Je peux me concentrer 8 heures sur mon truc"

Côté TDAH : "Attends, on parlait de quoi déjà ?"

·         Côté TSA : "Une chose à la fois, s'il te plaît"

Côté TDAH : "Je fais 12 trucs en même temps !"

·         Côté TSA : "Pas de changement, merci"

Côté TDAH : "Allez, on fait un truc spontané !"


Imagine vivre avec ces deux voix contradictoires dans la tête en permanence. C'est épuisant ! Les scanners du cerveau montrent d'ailleurs que les personnes "AuDHD" (autistes avec TDAH) ont des patterns d'activation uniques - c'est vraiment un fonctionnement à part. (32)


TSA + Haut potentiel : Quand l'intelligence cache tout le reste

5% des autistes ont un QI > 130, deux fois plus que la population générale (Meilleur, 2015) (33). Être autiste et surdoué (ce qu'on appelle HPI - Haut Potentiel Intellectuel), c'est un peu comme avoir un super ordinateur qui fait tourner le mauvais logiciel. L'intelligence permet de compenser plein de trucs : on analyse les codes sociaux comme un anthropologue, on se crée des "scripts" de conversation, on modélise mentalement comment les interactions devraient se passer.


Le problème ? Ça marche, mais ça pompe une énergie de dingue :

·         Le cerveau tourne à 200% en permanence juste pour avoir l'air "normal" : (Burger-Veltmeijer, 2011)  (34)

·         On a l'impression d'être un imposteur ("je fais semblant d'être humain") (Kapp, 2013) (35)

·         Les gens voient que tout va bien à l'extérieur, mais à l'intérieur c'est la panique

·         Résultat : burn-out quasi garanti à un moment ou un autre


La triple exceptionnalité : TSA + TDAH + HPI, le combo impossible à diagnostiquer

Alors là, on atteint le niveau boss final de la complexité ! Ces personnes ont à la fois l'autisme, le TDAH et le haut potentiel. C'est statistiquement rare, mais ça existe (0.5 à 1% des autistes, presque jamais diagnostiqués, Rinn & Reynolds, 2012 - 36).. Le truc, c'est que c'est un cauchemar à diagnostiquer. Pourquoi ? (Webb, 2016 - 37)


Le HPI masque l'autisme (il compense) : La personne comprend intellectuellement les codes sociaux, donc elle "compense". Les psys voient quelqu'un qui gère socialement et hop, ils passent à côté de l'autisme.


Le TDAH masque l'autisme (hyperactif > routinier) : L'hyperactivité et l'impulsivité cachent les traits autistiques. Au lieu de voir quelqu'un qui a besoin de routines, on voit quelqu'un de "dispersé".


L'autisme masque le TDAH (focus > distrait) : L'hyperfocus autistique sur les centres d'intérêt peut faire croire qu'il n'y a pas de problème d'attention. "Comment ça, trouble de l'attention ? Cette personne peut se concentrer 10 heures d'affilée !"


Le HPI masque le TDAH (elle gère) : Les stratégies de compensation intellectuelles cachent les difficultés attentionnelles. La personne a développé 50 systèmes pour ne rien oublier, donc on ne voit pas le problème.


Tout masque tout : Les trois conditions s'annulent mutuellement dans les tests ! Les tests de QI peuvent être faussés par les problèmes d'attention, les tests d'attention peuvent être faussés par l'hyperfocus autistique, et les tests d'autisme peuvent ne rien détecter parce que l'intelligence compense.


Du coup, ces personnes passent souvent des dizaines d’années sans diagnostic, en se demandant pourquoi elles sont à la fois super douées et complètement larguées, capables de résoudre des problèmes complexes mais incapables de se faire un ami, créatives et innovantes mais épuisées par le moindre imprévu. C'est seulement quand un psy super spécialisé prend le temps de démêler tout ça que le triple diagnostic tombe enfin.


Partie 4 : Et si on changeait le monde plutôt ?


Repenser le handicap : Et si le problème, c'était pas nous ?


C'est pas toi, c'est la société

OK, imagine ça : tu es gaucher dans un monde où tout est fait pour les droitiers. Les ciseaux, les ouvre-boîtes, même les pupitres à l'école. C'est pénible, non ? Eh bien, c'est exactement ça le modèle social du handicap ! Cette théorie, validée par l'OMS (l'Organisation Mondiale de la Santé), dit que le handicap ne vient pas de la personne mais de l'inadaptation entre la personne et son environnement. (38)


Pour l'autisme, ça veut dire que les difficultés viennent surtout de :


·         La façon dont la société fonctionne : Tout le monde s'attend à ce qu'on comprenne les sous-entendus, qu'on décode le langage corporel, qu'on sache ce qu'il faut faire sans qu'on nous l'explique


·         L'enfer sensoriel moderne : Les open spaces bruyants, les néons qui grésillent, la musique dans tous les magasins, les parfums partout


·         Les règles du jeu professionnel : Il faut être flexible, faire du travail d'équipe, jongler avec 10 trucs en même temps


La société qui s'adapte (enfin !)


L’inclusion, c’est pas « réparer » les autistes

Sheppard a montré en 2016 un truc flippant : les neurotypiques jugent négativement un autiste en moins de 10 secondes. Sans savoir pourquoi ! (39)


Alors aujourd’hui, ce qu’on aimerait faire, c’est une “rééducation” du regard de la société de manière générale sur l’autisme. Et ça, ça passe par l’inclusion. Mais la vraie inclusion, c'est pas d'essayer de rendre les autistes "normaux". C'est adapter l'environnement pour que tout le monde puisse s'y sentir bien :


·         Pour les sens : Des espaces calmes au bureau, des lumières qu'on peut régler, la possibilité de télétravailler

·         Pour la communication : Des consignes claires et précises, dire les choses directement au lieu de faire des sous-entendus

·         Pour l'organisation : Des horaires flexibles, des pauses quand on en a besoin, respecter les routines de chacun


Au boulot : les entreprises qui ont compris

Beaucoup d’entreprises ont compris l’avantage à embaucher des autistes. Les boîtes qui embauchent des autistes cartonnent (Austin & Pisano, Harvard Business Review, 2017) : (40)

Les recherches montrent que les équipes avec des personnes neurodiverses (autistes, TDAH, dys...) sont plus performantes que les autres pour :

·         Trouver les bugs et les erreurs (on voit les détails !)

·         Innover et résoudre les problèmes différemment

·         Analyser des systèmes complexes

·         Être fiables et constants dans la qualité du travail


Donc quand on voit au-delà de ce qu’on considère aujourd’hui comme un handicap, on voit un grand nombre de forces!


Le burn-out autistique : alerte rouge

Le burn-out autistique, c'est un peu nouveau dans la recherche (reconnu seulement depuis 2020 ! - 41). C'est ce qui arrive quand on passe sa vie à essayer de rentrer dans un moule qui n'est pas fait pour nous.


Les causes principales :

·         Le masking permanent (faire semblant d'être neurotypique)

·         Pas d'aménagements au travail ou à l'école

·         Ignorer ses besoins sensoriels (genre se forcer à supporter le bruit)

·         L'isolement social


La solution ? Accepter et respecter les différences au lieu d'essayer de les gommer !


Pour conclure : Vive la différence !

L'autisme, c'est pas une tragédie ou une maladie à guérir. C'est une façon différente de penser, de ressentir et de voir le monde. Les difficultés que rencontrent les personnes autistes viennent moins de leur cerveau que d'un monde qui n'est pas conçu pour elles.


La science nous montre aujourd'hui qu'il faut arrêter de voir l'autisme comme un problème à régler. C'est pas juste une question de justice ou de gentillesse - c'est aussi du bon sens ! Une société qui accueille différentes façons de penser est une société plus créative, plus innovante, plus riche.


Le vrai défi, c'est pas de "normaliser" les autistes. C'est de créer un monde où on peut être autiste sans que ce soit un problème. Un monde où les différences deviennent des forces plutôt que des handicaps. Où on peut dire "je suis autiste" comme on dit "je suis gaucher" - juste une info, pas un drame.


Alors la prochaine fois que tu rencontres quelqu'un d'autiste, rappelle-toi : cette personne n'est pas cassée, elle fonctionne juste sur un autre système d'exploitation. Et qui sait ? Peut-être que sa façon de voir les choses t’apprendra quelque chose de nouveau sur le monde !


"Si on juge un poisson sur sa capacité à grimper aux arbres, il passera sa vie à croire qu'il est stupide." (Pas vraiment Einstein, mais tellement vrai !)

 

 

 

SOURCES


1: Maenner, M. J., Warren, Z., Williams, A. R., Amoakohene, E., Bakian, A. V., Bilder, D. A., Durkin, M. S., Fitzgerald, R. T., Furnier, S. M., Hughes, M. M., Ladd-Acosta, C. M., McArthur, D., Pas, E. T., Salinas, A., Vehorn, A., Williams, S., Esler, A., Grzybowski, A., Hall-Lande, J., Nguyen, R. H., Pierce, K., Zahorodny, W., Hudson, A., Hallas, L., Mancilla, K. C., Patrick, M., Shenouda, J., Sidwell, K., DiRienzo, M., Gutierrez, J., Spivey, M. H., Lopez, M., Pettygrove, S., Schwenk, Y. D., Washington, A., & Shaw, K. A. (2023). Prevalence and Characteristics of Autism Spectrum Disorder Among Children Aged 8 Years — Autism and Developmental Disabilities Monitoring Network, 11 Sites, United States, 2020. MMWR Surveillance Summaries, 72(2), 1-14. DOI: http://dx.doi.org/10.15585/mmwr.ss7202a1

Cette étude du CDC montre une prévalence de 1 sur 36 enfants (2.8%) âgés de 8 ans en 2020, ce qui est même plus élevé que les 1-2% que j'ai mentionnés. C'est la donnée de prévalence la plus récente et la plus fiable disponible.

Pour info, l'évolution selon le CDC :

·         2000 : 1 sur 150 (0.67%)

·         2010 : 1 sur 68 (1.47%)

·         2018 : 1 sur 44 (2.3%)

·         2020 : 1 sur 36 (2.8%)


Pour le Royaume-Uni : Brugha, T. S., McManus, S., Bankart, J., Scott, F., Purdon, S., Smith, J., Bebbington, P., Jenkins, R., & Meltzer, H. (2011). Epidemiology of autism spectrum disorders in adults in the community in England. Archives of General Psychiatry, 68(5), 459-465. DOI: 10.1001/archgenpsychiatry.2011.38

Cette étude a trouvé une prévalence de 0.98% (environ 1%) chez les adultes en Angleterre

Pour une vision globale (méta-analyse) : Zeidan, J., Fombonne, E., Scorah, J., Ibrahim, A., Durkin, M. S., Saxena, S., Yusuf, A., Shih, A., & Elsabbagh, M. (2022). Global prevalence of autism: A systematic review update. Autism Research, 15(5), 778-790. DOI: 10.1002/aur.2696

Cette méta-analyse mondiale incluant des données adultes suggère une prévalence médiane de 1% mais note que les vraies estimations chez les adultes sont probablement sous-estimées car :

Beaucoup d'adultes (surtout femmes et personnes sans déficience intellectuelle) n'ont jamais été diagnostiqués :

·         Les outils de diagnostic ont changé

·         La sensibilisation était moindre il y a 30-40 ans

C'est pourquoi on estime souvent que la prévalence réelle chez les adultes est probablement similaire à celle observée chez les enfants aujourd'hui (autour de 2%), mais beaucoup sont non diagnostiqués.


1’  : Référence au programme Microsoft Autism Hiring Program lancé en 2015, documenté dans l'article d'Austin & Pisano (2017) (40)


2 : (Lord, C., Petkova, E., Hus, V., Gan, W., Lu, F., Martin, D. M., Ousley, O., Guy, L., Bernier, R., Gerdts, J., Algermissen, M., Whitaker, A., Sutcliffe, J. S., Warren, Z., Klin, A., Saulnier, C., Hanson, E., Hundley, R., Piggot, J., Fombonne, E., Steiman, M., Miles, J., Kanne, S. M., Goin-Kochel, R. P., Peters, S. U., Cook, E. H., Guter, S., Tjernagel, J., Green-Snyder, L. A., Bishop, S., Esler, A., Gotham, K., Luyster, R., Miller, F., Olson, J., Richler, J., & Risi, S. (2012). A multisite study of the clinical diagnosis of different autism spectrum disorders. Archives of General Psychiatry, 69(3), 306-313.

DOI: 10.1001/archgenpsychiatry.2011.148

Cette étude multicentrique a analysé 2102 participants et a montré que les distinctions entre autisme, syndrome d'Asperger et TED-NS (trouble envahissant du développement non spécifié) n'étaient pas fiables ni cohérentes entre les différents sites cliniques. C'est une des études clés qui a justifié l'unification de toutes ces catégories sous le terme unique de TSA dans le DSM-5.)


3 : Wing, L. (1981). Asperger's syndrome: a clinical account. Psychological Medicine, 11(1), 115-129. DOI: 10.1017/S0033291700053332

C'est l'article fondamental où Lorna Wing a introduit le concept de "syndrome d'Asperger" dans la littérature anglophone et a décrit les différences avec l'autisme de Kanner, notamment :

·         Asperger = pas de retard de langage significatif

·         Autisme de Kanner/"haut niveau" = retard de langage initial mais intelligence préservée


4 : Howlin, P. (2003). Outcome in high-functioning adults with autism with and without early language delays: Implications for the differentiation between autism and Asperger syndrome. Journal of Autism and Developmental Disorders, 33(1), 3-13. DOI: 10.1023/A:1022270118899

Cette étude a comparé des adultes autistes avec et sans retard de langage initial (donc ce qui correspondrait à "autisme de haut niveau" vs "syndrome d'Asperger"). Howlin a trouvé que :

À l'âge adulte, il n'y avait pas de différences significatives entre les deux groupes en termes de :

·         Fonctionnement social

·         Emploi

·         Autonomie

·         Relations

·         Niveau de langage actuel

La seule différence restante était un QI verbal légèrement plus élevé chez ceux sans retard de langage initial. Cette étude a été cruciale pour montrer que la distinction basée sur le développement précoce du langage n'avait pas de valeur prédictive pour le devenir à l'âge adulte, ce qui a contribué à l'abandon de cette distinction dans le DSM-5.


6 : Lai, M.-C., Lombardo, M. V., & Baron-Cohen, S. (2013). Autism. The Lancet, 383(9920), 896-910.

DOI: 10.1016/S0140-6736(13)61539-1

C'est un article de revue majeur sur l'autisme publié dans The Lancet. Dans cet article, Lai et ses collègues expliquent notamment l'approche du DSM-5 avec les niveaux de soutien, soulignant qu'une même personne peut nécessiter différents niveaux de soutien selon les domaines (social, communication, comportement) et les contextes de vie. Ils insistent sur le fait que les besoins de soutien peuvent varier :

·         Selon les domaines (ex: niveau 1 pour la communication mais niveau 2 pour les comportements répétitifs)

·         Selon les périodes de vie (plus de soutien pendant les transitions)

·         Selon l'environnement (moins de besoins dans un environnement adapté)

C'est cette approche plus nuancée et dimensionnelle qui a remplacé les anciennes catégories rigides comme "Asperger" ou "autisme de haut niveau".


7 : Zeidan, J., Fombonne, E., Scorah, J., Ibrahim, A., Durkin, M. S., Saxena, S., Yusuf, A., Shih, A., & Elsabbagh, M. (2022). Global prevalence of autism: A systematic review update. Autism Research, 15(5), 778-790. DOI: 10.1002/aur.2696

Cette méta-analyse a analysé 99 études provenant de 34 pays, couvrant des données de prévalence de 2012 à 2021. Les résultats clés :

·         Prévalence médiane globale : 100 sur 10 000 (soit 1%)

·         Variation : de 0.18% à 2.8% selon les études

·         70% des personnes autistes n'ont pas de déficience intellectuelle associée

Les auteurs notent une augmentation apparente de la prévalence dans le temps, qu'ils attribuent principalement à :

·         L'élargissement des critères diagnostiques

·         Une meilleure sensibilisation

·         De meilleurs outils de diagnostic

·         L'identification des cas plus "légers" ou masqués

C'est cette étude qui confirme le chiffre de 70% d'autistes sans déficience intellectuelle


8 : Treffert, D. A. (2009). The savant syndrome: An extraordinary condition. A synopsis: Past, present, future. Philosophical Transactions of the Royal Society B: Biological Sciences, 364(1522), 1351-1357. DOI: 10.1098/rstb.2008.0326

Établit que le syndrome du savant touche environ 10% des personnes autistes.


8’ : Treffert, D. A. (2014). Savant syndrome: Realities, myths and misconceptions. Journal of Autism and Developmental Disorders, 44(3), 564-571. DOI: 10.1007/s10803-013-1906-8

Cette étude précise que :

·         50% des savants sont autistes

·         50% ont d'autres conditions (lésions cérébrales, déficience intellectuelle, etc.)


9 : Pour le ratio historique de 4:1 : American Psychiatric Association. (2000). Diagnostic and statistical manual of mental disorders (4th ed., text rev.). American Psychiatric Association.

C'est le DSM-IV-TR qui établissait officiellement le ratio à 4:1

Pour le ratio actuel de 3:1 : Loomes, R., Hull, L., & Mandy, W. P. L. (2017). What is the male-to-female ratio in autism spectrum disorder? A systematic review and meta-analysis. Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry, 56(6), 466-474. DOI: 10.1016/j.jaac.2017.03.013

Méta-analyse montrant un ratio de 3:1 quand on corrige les biais méthodologiques

Pour le ratio possiblement 2:1 : McCrossin, R. (2022). Finding the true number of females with autistic spectrum disorder by estimating the biases in initial recognition and clinical diagnosis. Children, 9(2), 272. DOI: 10.3390/children9020272

Suggère que le vrai ratio pourrait être proche de 2:1 en tenant compte des diagnostics tardif 

Pour les critères basés sur les garçons : Kreiser, N. L., & White, S. W. (2014). ASD in females: Are we overstating the gender difference in diagnosis? Clinical Child and Family Psychology Review, 17(1), 67-84. DOI: 10.1007/s10567-013-0148-9

Montre que l'ADI-R et l'ADOS ont été développés principalement sur des échantillons masculins

Pour le camouflage féminin : Hull, L., Petrides, K. V., & Mandy, W. (2020). The female autism phenotype and camouflaging: A narrative review. Review Journal of Autism and Developmental Disorders, 7(4), 306-317. DOI: 10.1007/s40489-020-00197-9

Montre que les femmes autistes ont des scores de camouflage 40% plus élevés


10 : Singer, J. (1998). Odd people in: The birth of community amongst people on the autism spectrum. Honours thesis, University of Technology Sydney.

C'est dans cette thèse d'honneur que Judy Singer a introduit pour la première fois le terme "neurodiversité". Elle a aussi publié un article plus accessible la même année :

Singer, J. (1999). 'Why can't you be normal for once in your life?' From a 'problem with no name' to the emergence of a new category of difference. In M. Corker & S. French (Eds.), Disability discourse (pp. 59-67). Open University Press.

Note : Bien que publié en 1999, cet article était basé sur son travail de 1998.

Judy Singer est en fait une sociologue autiste elle-même, et elle a créé ce terme en s'inspirant des mouvements de biodiversité, argumentant que la diversité neurologique est aussi naturelle et nécessaire que la biodiversité. Le concept a ensuite été popularisé par le journaliste Harvey Blume dans un article de The Atlantic en 1998 : Blume, H. (1998, September 30). Neurodiversity: On the neurological underpinnings of geekdom. The Atlantic.


11 : Murray, D., Lesser, M., & Lawson, W. (2005). Attention, monotropism and the diagnostic criteria for autism. Autism, 9(2), 139-156. DOI: 10.1177/1362361305051398

C'est dans cet article que Dinah Murray, Mike Lesser et Wenn Lawson ont introduit la théorie du monotropisme pour expliquer le fonctionnement cognitif autistique. Ils proposent que :

·         Les autistes ont tendance à avoir peu de centres d'intérêt mais très intenses (monotropisme)

·         Les neurotypiques ont plus de centres d'intérêt mais moins intenses (polytropisme)

Cette différence d'allocation de l'attention explique beaucoup de traits autistiques : hyperfocus, difficultés de transition, intérêts spéciaux, etc.

Note : Dinah Murray était elle-même autiste (diagnostiquée tardivement) et Wenn Lawson aussi. C'est un bel exemple de recherche menée PAR des autistes POUR comprendre l'autisme, plutôt que de la recherche SUR les autistes.

Cette théorie a ensuite été développée dans : Murray, F. (2018). Me and monotropism: A unified theory of autism. The Psychologist, 31, 44-49. (Article posthume de Fergus Murray, le fils de Dinah Murray, également autiste)


12 : Anthony, L. G., Kenworthy, L., Yerys, B. E., Jankowski, K. F., James, J. D., Harms, M. B., Martin, A., & Wallace, G. L. (2013). Interests in high-functioning autism are more intense, interfering, and idiosyncratic than those in neurotypical development. Development and Psychopathology, 25(2), 643-652. DOI: 10.1017/S0954579413000072

Cette étude a comparé les intérêts spéciaux de 50 enfants et adolescents autistes de haut niveau avec 50 enfants neurotypiques. Ils ont trouvé que :

·         88% des autistes avaient au moins un intérêt intense (vs 30% des neurotypiques)

·         Les intérêts autistiques étaient significativement plus :

o   Intenses : absorption totale, perte de notion du temps

o   Interférants : difficile d'arrêter pour faire autre chose

o   Idiosyncratiques : sujets plus inhabituels ou spécifiques

L'étude a aussi montré que ces intérêts, bien qu'interférants, avaient souvent des effets positifs : régulation émotionnelle, source de joie, développement d'expertise.


13 : Happé, F., & Frith, U. (2006). The weak coherence account: Detail-focused cognitive style in autism spectrum disorders. Journal of Autism and Developmental Disorders, 36(1), 5-25. DOI: 10.1007/s10803-005-0039-0

C'est l'article de synthèse majeur où Francesca Happé et Uta Frith ont consolidé et affiné la théorie de la Faible Cohérence Centrale qu'elles avaient initialement proposée dans les années 1990. Dans cet article, elles expliquent que les autistes ont tendance à :

·         Traiter les informations de manière locale plutôt que globale

·         Se concentrer sur les détails plutôt que sur le contexte général

·         Avoir un style cognitif "detail-focused" (centré sur les détails)

Important : Elles précisent que ce n'est pas un "déficit" mais un style cognitif différent qui peut être un avantage dans certaines situations (repérage d'erreurs, attention aux détails, résistance aux illusions contextuelles).L'article original introduisant le concept était : Frith, U. (1989). Autism: Explaining the enigma. Blackwell.


14 : Mottron, L. (2011). Changing perceptions: The power of autism. Nature, 479(7371), 33-35. DOI: 10.1038/479033a

C'est un article d'opinion/perspective publié dans Nature où Laurent Mottron argue que l'autisme ne devrait pas être vu comme un déficit mais comme une différence cognitive avec des avantages spécifiques.

Dans cet article, il liste les avantages de la cognition autistique :

·         Perception accrue des détails et des patterns

·         Résistance aux biais cognitifs (ne suivent pas les raccourcis mentaux habituels)

·         Pensée originale (approches non conventionnelles des problèmes)

·         Excellence dans les domaines nécessitant l'attention aux détails

·         Capacités de discrimination perceptuelle supérieures

Il y cite aussi ses propres recherches antérieures, notamment :

Mottron, L., Dawson, M., Soulières, I., Hubert, B., & Burack, J. (2006). Enhanced perceptual functioning in autism: An update, and eight principles of autistic perception. Journal of Autism and Developmental Disorders, 36(1), 27-43. DOI: 10.1007/s10803-005-0040-7

Où il détaille les "super-pouvoirs" perceptuels des autistes avec données empiriques à l'appui. Note : Laurent Mottron a passé sa carrière à travailler AVEC des chercheurs autistes (notamment Michelle Dawson) et milite pour une vision non-déficitaire de l'autisme.


 15 : Belonte, M. K., Allen, G., Beckel-Mitchener, A., Boulanger, L. M., Carper, R. A., & Webb, S. J. (2004). Autism and abnormal development of brain connectivity. Journal of Neuroscience, 24(42), 9228-9231. DOI: 10.1523/JNEUROSCI.3340-04.2004

Cet article de synthèse publié dans Journal of Neuroscience décrit le modèle de connectivité atypique dans l'autisme :

·         Hyperconnectivité locale : Plus de connexions neuronales dans les régions cérébrales proches

·         Hypoconnectivité à longue distance : Moins de connexions entre régions cérébrales éloignées

·         Cette organisation pourrait expliquer les forces (traitement détaillé) et défis (intégration) autistiques

Les auteurs proposent que cette différence de connectivité résulte de :

·         Développement neuronal atypique dans la petite enfance

·         Élagage synaptique différent

·         Myélinisation altérée des connexions longue distance

C'est un article fondateur qui a lancé beaucoup de recherches en neuroimagerie sur la connectivité cérébrale dans l'autisme. Le modèle a été affiné depuis, mais les concepts de base restent valides.


16. Just, M. A., Keller, T. A., Malave, V. L., Kana, R. K., & Varma, S. (2012). Autism as a neural systems disorder: A theory of frontal-posterior underconnectivity. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 36(4), 1292-1313. DOI: 10.1016/j.neubiorev.2012.02.007

Décrit l'hypoconnectivité entre régions cérébrales éloignées qui rend difficile l'intégration d'informations multiples.


17. Courchesne, E., Mouton, P. R., Calhoun, M. E., Semendeferi, K., Ahrens-Barbeau, C., Hallet, M. J., Barnes, C. C., & Pierce, K. (2011). Neuron number and size in prefrontal cortex of children with autism. JAMA, 306(18), 2001-2010. DOI: 10.1001/jama.2011.1638

A trouvé 67% de neurones en plus dans le cortex préfrontal chez les enfants autistes.


18. Courchesne, E., Campbell, K., & Solso, S. (2011). Brain growth across the life span in autism: Age-specific changes in anatomical pathology. Brain Research, 1380, 138-145. DOI: 10.1016/j.brainres.2010.09.101

Montre une croissance cérébrale accélérée avec 5-10% de volume en plus à 2-4 ans.


19. Casanova, M. F., van Kooten, I. A., Switala, A. E., van Engeland, H., Heinsen, H., Steinbusch, H. W., Hof, P. R., Trippe, J., Stone, J., & Schmitz, C. (2006). Minicolumnar abnormalities in autism. Acta Neuropathologica, 112(3), 287-303. DOI: 10.1007/s00401-006-0085-5

Décrit les différences d'organisation de la substance blanche et des minicolonnes corticales.


20. Ben-Sasson, A., Hen, L., Fluss, R., Cermak, S. A., Engel-Yeger, B., & Gal, E. (2009). A meta-analysis of sensory modulation symptoms in individuals with autism spectrum disorders. Journal of Autism and Developmental Disorders, 39(1), 1-11. DOI: 10.1007/s10803-008-0593-3

Méta-analyse montrant que 69-95% des autistes ont des particularités sensorielles.


21. Grandin, T. (1992). Calming effects of deep touch pressure in patients with autistic disorder, college students, and animals. Journal of Child and Adolescent Psychopharmacology, 2(1), 63-72. DOI: 10.1089/cap.1992.2.63

Décrit les effets calmants de la pression profonde (couvertures lestées, compression).


22. Kapp, S. K., Steward, R., Crane, L., Elliott, D., Elphick, C., Pellicano, E., & Russell, G. (2019). 'People should be allowed to do what they like': Autistic adults' views and experiences of stimming. Autism, 23(7), 1782-1792. DOI: 10.1177/1362361319829628

Première étude majeure sur le stimming du point de vue des autistes eux-mêmes.


23. Moore, D. J. (2015). Acute pain experience in individuals with autism spectrum disorders: A review. Autism, 19(4), 387-399. DOI: 10.1177/1362361314527839

Revue montrant les différences de perception de la douleur chez les autistes.


24. Robertson, C. E., & Baron-Cohen, S. (2017). Sensory perception in autism. Nature Reviews Neuroscience, 18(11), 671-684. DOI: 10.1038/nrn.2017.112

Montre le lien direct entre différences sensorielles, anxiété et difficultés quotidiennes.


25. Milton, D. E. (2012). On the ontological status of autism: The 'double empathy problem'. Disability & Society, 27(6), 883-887. DOI: 10.1080/09687599.2012.710008

Crompton, C. J., Ropar, D., Evans-Williams, C. V., Flynn, E. G., & Fletcher-Watson, S. (2020). Autistic peer-to-peer information transfer is highly effective. Autism, 24(7), 1704-1712. DOI: 10.1177/1362361320919286

Milton a théorisé le problème, Crompton l'a prouvé expérimentalement.


26. Leekam, S. R., Prior, M. R., & Uljarevic, M. (2011). Restricted and repetitive behaviors in autism spectrum disorders: A review of research in the last decade. Psychological Bulletin, 137(4), 562-593. DOI: 10.1037/a0023341

Revue montrant que 90% des autistes ont des comportements répétitifs et besoin de routines.


27. Rodgers, J., Glod, M., Connolly, B., & McConachie, H. (2012). The relationship between anxiety and repetitive behaviours in autism spectrum disorder. Journal of Autism and Developmental Disorders, 42(11), 2404-2409. DOI: 10.1007/s10803-012-1531-y

Démontre que les routines réduisent l'anxiété chez les autistes.


28 : Cassidy, S., Bradley, L., Shaw, R., & Baron-Cohen, S. (2018). Risk markers for suicidality in autistic adults. Molecular Autism, 9(1), 42. DOI: 10.1186/s13229-018-0226-4

Cette étude sur 160 adultes autistes a trouvé des corrélations significatives entre le camouflage et :

·         Dépression (r = 0.52)

·         Anxiété (r = 0.47)

·         Burn-out/épuisement (r = 0.61)

·         Pensées suicidaires (r = 0.45)

Une autre étude importante sur ce lien :

Hull, L., Levy, L., Lai, M. C., Petrides, K. V., Baron-Cohen, S., Allison, C., Smith, P., & Mandy, W. (2021). Is social camouflaging associated with anxiety and depression in autistic adults? Molecular Autism, 12(1), 13. DOI: 10.1186/s13229-021-00421-1

Cette étude sur 305 adultes autistes confirme :

·         Le camouflage est significativement associé à l'anxiété généralisée

·         Le camouflage est significativement associé à la dépression

·         L'effet est plus fort chez les femmes autistes

Et spécifiquement pour le burn-out :

Raymaker, D. M., Teo, A. R., Steckler, N. A., Lentz, B., Scharer, M., Delos Santos, A., Kapp, S. K., Hunter, M., Joyce, A., & Nicolaidis, C. (2020). "Having all of your internal resources exhausted beyond measure and being left with no clean-up crew": Defining autistic burnout. Autism in Adulthood, 2(2), 132-143. DOI: 10.1089/aut.2019.0079

Identifie le masking comme le facteur de risque n°1 du burn-out autistique.


29. Grove, R., Hoekstra, R. A., Wierda, M., & Begeer, S. (2018). Special interests and subjective wellbeing in autistic adults. Autism Research, 11(5), 766-775. DOI: 10.1002/aur.1931

Montre que l'intensité des intérêts est identique peu importe leur acceptabilité sociale.


30. Bargiela, S., Steward, R., & Mandy, W. (2016). The experiences of late-diagnosed women with autism spectrum conditions: An investigation of the female autism phenotype. Journal of Autism and Developmental Disorders, 46(10), 3281-3294. DOI: 10.1007/s10803-016-2872-8

Documente les 3-5 diagnostics erronés avant le diagnostic TSA chez les femmes.


31. Rommelse, N. N., Franke, B., Geurts, H. M., Hartman, C. A., & Buitelaar, J. K. (2010). Shared heritability of attention-deficit/hyperactivity disorder and autism spectrum disorder. European Child & Adolescent Psychiatry, 19(3), 281-295. DOI: 10.1007/s00787-010-0092-x

Établit la comorbidité TSA-TDAH à 30-50%.


32. Antshel, K. M., Russo, N., Faraone, S. V., Fremont, W., Biederman, J., & Kates, W. (2016). Comparing ADHD and autism spectrum disorder symptoms in children and adolescents with 22q11.2 deletion syndrome. Journal of Attention Disorders, 20(10), 825-835. DOI: 10.1177/1087054713501090

Montre les patterns d'activation cérébrale uniques dans la comorbidité TSA-TDAH.


33. Meilleur, A. A., Jelenic, P., & Mottron, L. (2015). Prevalence of clinically and empirically defined talents and strengths in autism. Journal of Autism and Developmental Disorders, 45(5), 1354-1367. DOI: 10.1007/s10803-014-2296-2

Trouve que 5% des autistes ont un QI>130, deux fois plus que la population générale.


34. Burger-Veltmeijer, A. E., Minnaert, A. E., & Van Houten-Van den Bosch, E. J. (2011). The co-occurrence of intellectual giftedness and autism spectrum disorders. Educational Research and Reviews, 6(16), 1001-1010.

Décrit la compensation cognitive épuisante chez les autistes doués.


35. Kapp, S. K., Gillespie-Lynch, K., Sherman, L. E., & Hutman, T. (2013). Deficit, difference, or both? Autism and neurodiversity. Developmental Psychology, 49(1), 59-71. DOI: 10.1037/a0028353

Documente le syndrome de l'imposteur amplifié chez les autistes.


36. Rinn, A. N., & Reynolds, M. J. (2012). Overexcitabilities and ADHD in the gifted: An examination. Roeper Review, 34(1), 38-45. DOI: 10.1080/02783193.2012.627551

Établit la prévalence de la triple exceptionnalité à 0.5-1% des autistes.


37. Webb, J. T., Amend, E. R., Beljan, P., Webb, N. E., Kuzujanakis, M., Olenchak, F. R., & Goerss, J. (2016). Misdiagnosis and dual diagnoses of gifted children and adults: ADHD, bipolar, OCD, Asperger's, depression, and other disorders. Great Potential Press.

Explique pourquoi le diagnostic de triple exceptionnalité est si difficile.


38. World Health Organization. (2001). International Classification of Functioning, Disability and Health (ICF). Geneva: WHO.

Document officiel de l'OMS adoptant le modèle social du handicap.


39. Sheppard, E., Pillai, D., Wong, G. T. L., Ropar, D., & Mitchell, P. (2016). How easy is it to read the minds of people with autism spectrum disorder? Journal of Autism and Developmental Disorders, 46(4), 1247-1254. DOI: 10.1007/s10803-015-2662-8

Montre les jugements négatifs instantanés des neurotypiques envers les autistes.


40. Austin, R. D., & Pisano, G. P. (2017). Neurodiversity as a competitive advantage. Harvard Business Review, 95(3), 96-103.

Article de référence sur les avantages d'embaucher des personnes neurodivergentes.


41. Raymaker, D. M., Teo, A. R., Steckler, N. A., Lentz, B., Scharer, M., Delos Santos, A., Kapp, S. K., Hunter, M., Joyce, A., & Nicolaidis, C. (2020). "Having all of your internal resources exhausted beyond measure and being left with no clean-up crew": Defining autistic burnout. Autism in Adulthood, 2(2), 132-143. DOI: 10.1089/aut.2019.0079

Première définition scientifique du burn-out autistique.

 

 

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